jeudi 10 février 2011

Saint Valentin et Jour Blanc au Japon


À l'image de Noël, fête typiquement occidentale de par ses origines religieuses, qui a été adaptée à la sauce japonaise, de nombreuses fêtes existent au Japon sous leur nom occidentaux mais avec des pratiques totalement différente... C'est le cas de la Saint Valentin, fête des amoureux, célébrée le 14 février qui prend une forme très différente de ce qui peut exister en France et qui se voit jumelée avec le 14 mars, le White Day ou Jour Blanc.

Comme toute fête importée, la Saint Valentin n'a pas de véritable nom japonais. Tout juste une traduction en alphabet phonétique, les katakanas, de son nom anglais: le Valentin Day devient ainsi le バレンタインデー. Elle garde aussi la même date, le 14 février, le même sens, puisqu'elle est la fête des amoureux, et le même côté très commercial... voire peut-être même plus prononcé que ce que l'on peut expérimenter en France. En effet, dès le 1er février, voir un petit peu avant, les magasins se parent d'offres pour la Saint Valentin: des chocolats, des cadeaux, des vitrines toutes de coeurs vêtues...

Cependant, la pratique diffère grandement. Si en France, il est d'usage d'envoyer des cartes à l'élu(e) de son coeur, de se faire des cadeaux, d'aller au restaurant en couple, ou encore de faire sa déclaration, ou même sa demande en mariage, en cette date-là, la Saint Valentin au Japon est fêtée différemment. Au Japon, pas de partage des tâches. Tout le travail est pour la gente féminine... mais rassurez-vous, mesdemoiselles et mesdames, ces messieurs devront vous rendre la pareille un mois plus tard, le 14 mars, en l'honneur du White Day, en japonais ホワイトデー, un jour qui n'a pas d'équivalent en France.

Le 14 février, les japonaises se doivent d'offrir des chocolats aux hommes qui sont importants pour elles. Elles peuvent ainsi en offrir aux hommes de leur famille, à leurs amis masculins et, bien entendu, à leur mari/petit-ami ou à celui dont elles sont amoureuses en guise de déclaration. Et, si elles veulent coller pour le mieux à la tradition, elles ont pour mission de confectionner ces chocolats par elles-même... Comme tous les moules qui sont vendus dans la plupart des magasins en attestent. Au Tokyo Hand's, un grand magasin de Tokyo, qui existe notamment à Shinjuku, à Shibuya ou encore à Ginza, c'est un étage entier qui est consacré à ces moules qui vont des classiques coeurs aux plus exotiques colombes de la paix... Il est d'usage d'offrir ces chocolats dans une boîte avec une carte, comme cela se fait en France.

En contrepartie, si contrepartie il y a en amour, mais l'on entre ensuite dans un sujet beaucoup trop philosophique pour cet article qui se voulait très trivial, les hommes doivent répondre le jour du White Day. Cette fête, inexistante en France, est célébrée au Japon depuis 1980, mais aussi en Corée du Sud et à Taiwan. Inventée au Japon, bien que ses origines soient un peu douteuses, il s'agissait dans un premier temps de trouver un moyen pour les hommes de ''rembourser'' leur dette envers les femmes qui leur avait offert des cadeaux. Il est appelé White Day car c'est d'abord une marque de chocolat blanc qui avait mis la main sur l'événement avant que la pratique ne s'étende peu à peu et qu'il devienne d'usage d'offrir un cadeau blanc. Aujourd'hui, si il y a différentes règles (tels que les giri-chocos offerts en tant que remerciement mais sans retour de sentiments, ou le san-bai gaeshi (''triple retour'') qui voudrait que le prix du cadeau soit trois fois plus élevé que celui reçu...), les cadeaux distribués sont similaires à ceux que l'on peut s'échanger pour la Saint Valentin en France (bijoux, parfums...).

Il n'existe pas à proprement parler une seule Saint Valentin au Japon: la Saint Valentin et le White Day semblent ainsi se compléter... ce qui fait bien les affaires des différentes industries (de chocolats, mais aussi de bijoux, les restaurants...). Mais, loin de ces questions d'argent qui cassent un peu la magie de l'instant (mon côté romantique qui ressort...), il existe une pratique assez différente chez les adolescents pour le White Day... Elle consiste à offrir un ruban blanc à la fille qui les intéressent: si celle-ci noue ce dernier avant la fin de la journée (sur son sac, dans ses cheveux, sur ses vêtements...), cela signifie que les sentiments sont partagés... Ah, c'est mignon un peu de douceur dans ce monde de brutes (de capitalisme ?). <3 ^^

Bonne バレンタインデー
Et bon ホワイトデー à tous !

Marièke POULAT

Le mystère de l'Anko


Si il y a bien quelque chose qui pourrait vous frustrer au Japon en tant que français gourmand, c'est bien le manque de sucre, avec l'absence des desserts à la fin des repas, par exemple... ou le prix du Nutella, qui pourrait assez vite vous refroidir: à plus de 700 yens (7€) le pot de 400 grammes, vous devriez vite changer vos habitudes... mais alors... Les japonais ne mangent-ils pas de sucre ? Comment font-ils ? Comment survivent-ils ? Comment...

Et bien, ils ont l'Anko. Enfin, ils n'ont pas que ça, hein, mais ils ont notamment ça, cette pâte très sucrée proche de la consistance de la crème de marron et au goût rappelant un peu le chocolat. Et pourtant, si vous saviez ce qu'il y avait dans cette pâte noirâtre, vous seriez surpris... En effet, elle est faite à base de sucre et d'Azukis... qui sont des haricots rouges. Oui. Des haricots. -_-'. Et oui, je réitère: c'est très bon.

 Azukis

Ces derniers sont donc rouges et de la taille des flageolets sans pour autant, et heureusement d'ailleurs, en avoir le goût. Cuits, aspergés de sucre, puis plus ou moins broyés, ils deviennent cette pâte qui vient garnir ou parfumer de nombreuses pâtisseries japonaises, et plus largement asiatiques, souvent faîtes pour accompagner le thé. Il existe différentes formes de cette pâte, quatre au total. Le tsubuan est par exemple très épais, les haricots n'étant que grossièrement écrasés, alors que le koshian, qui est la forme d'anko la plus populaire mais aussi la plus sucrée, est très fin, car passée et repassée dans un tami.

 Tsubuan

Koshian

De nombreuses pâtisseries sont donc disponibles au Japon, et notamment dans les combinis ou les 100-yens-shops, la plupart comportant dans leur nom le son ''an'', ce dernier désignant la pâte de haricots rouges.
  • On trouve ainsi l'Anpan, une brioche fourrée d'anko. Et, même si sa taille (et son nombre de calories... environ 400...) peut effrayer, cette pâtisserie vaut le détour et se vend assez peu cher (autour de 100 yens). → En japonais, あんパン.

    Anpan
     
  • Dans le même genre, le Dorayaki. Il s'agit de deux pancakes posés l'un sur l'autre rattachés entre eux par une bonne dose d'anko. → どら焼き.

  • Dans la plupart des combinis, disposés dans les fours situés à la caisses, avec toutes les brioches à la viande (Nikuman) et autres frites, il est souvent possible de dénicher l'Anman. C'est du pain, un peu sec, chaud fourré d'anko. Il est aussi disponible dans certains restaurants chinois, puisqu'il s'agit en fait d'un dumpling (sorte de beignet chinois) fourré à l'anko. → あんまん.

    Anman 

  • Une autre variante de pâtisserie fourrée à l'anko est le Daifuku. Cette boule de mochi (farine de riz gluante) enrobe une bonne quantité d'anko. Parfois, des haricots non écrasés viennent ajouter une touche salée très agréable à l'ensemble. Une variante du Daifuku est l'Ichigo Daifuku, Ichigo signifiant ''fraise'' qui consiste en un Daifuku non seulement fourré à l'anko mais auquel on ajoute une fraise. → 大福.

    Daifuku

Aussi, même si le Nutella n'a pas vraiment sa place au Japon, pas besoin de s'inquiéter... D'autres saveurs devraient venir le suppléer. La pâte d'Azuki en fait partie. Mais elle n'est pas la seule. En effet, la cuisine japonaise renferme bien des surprises, tel que le goût surprenant de la patate douce qui vient agrémenter certains desserts ou celui du matcha, le thé vert japonais qui parfume de nombreuses sucreries...

Marièke POULAT

Un restaurant italien au Japon

Manger pour moins de 500 yens à Tokyo, c'est assez facile. Les Ramens, les plats uniques à base de riz, comme l'Unagi ou le Gyuudon, les Udons... Tout ces plats peuvent être trouvés pour moins de 500 yens, même dans une ville aussi chère que Tokyo. Pourtant, difficile de manger à 15 dans une salle comportant seulement quatre places en face d'un comptoir... Une demande que de nombreuses chaînes de restaurants familiaux ont compris, comme la chaîne de restaurants de cuisine italienne Saizeriya.
Il existe un assez grand nombre de chaînes de restaurants familiaux au Japon qui proposent des prix accessibles et un type de service proche de celui des restaurants occidentaux: Jonathan's, Royal Host, Gaston... et donc les restaurants de la chaîne Saizeriya. Au sein de ces différentes chaînes, vous ne trouverez pas de la grande gastronomie: les plats sont assez basiques, plutôt petits, adaptés au prix proposés. Cependant, grâce à un agencement occidental (ces restaurants sont spacieux et l'on peut s'y rendre sans problème à plus de dix) et à un service rapide et efficace, ces restaurants sont le repères des étudiants et des familles qui y trouvent un espace convivial et peu cher. 
Il y a de nombreux restaurants de la chaîne Saizeriya. Entre le campus de Waseda et Takadanobaba, c'est ainsi trois restaurants qui peuvent être trouvés: un auprès de Toyama Campus, un en face de la gare de Takadanobaba et un, un peu plus loin, à quelques minutes à pied. Et cette omniprésence ne s'arrête pas à Tokyo, puisqu'il m'est arrivé d'en fréquenter du côté de Kamakura, par exemple.

Tous les restaurants de la chaîne, dont l'enseigne est verte, fonctionnent de la même manière et proposent le même menu. À l'entrée, quelques chaises, en cas d'attente, et un pupitre, sur lequel on peut inscrire son nom et le nombre de places nécessaires, là encore en cas de surpeuplement. Le taux de remplissage dépend énormément des heures (notamment entre 11h et 13h et entre 18h et 20h), mais surtout des quartiers. Attente ou non, quelqu'un viendra vous chercher et vous demandera le nombre de personnes et si vous fumez ou non, avant de vous mener à une table.

Sur la table, le menu, avec des offres spécifiques de 11h du matin à 15h, et des couverts. C'est la grosse particularité de ce restaurant: vous ne trouverez pas de baguettes: uniquement des fourchettes, des couteaux et des grosses cuillères. Et pour cause, ce restaurant ne propose que des plats aux (douteuses ?) origines italiennes. Ceux sont ainsi des pâtes (spaghettis/pennes) (entre 400 et 500 yens), des pizzas (attention à la taille... japonaise !) (entre 400 et 500 yens aussi), mais aussi des steacks ''hamburgers'' (comprendre des steacks hachés), de la salade, des soupes, ou encore des plats à base de riz... C'est d'ailleurs la Doria, plat à base de riz, de crème, de viande hachée (...) et de tomate qui remporte les suffrages. À seulement 300 yens, c'est le plat le plus vendu de la chaîne. Pas mauvais, mais assez petit et très calorique. Notons aussi pour conclure sur le menu la présence de desserts, ce qui n'est pas si courant au Japon. Glace, gâteau au chocolat ou même tiramisu sont ainsi proposés à des prix accessibles, même si, là encore, il ne faut pas être affamé.

Une fois que le choix est fait, il est temps de commander en pressant sur le bouton vert qui se trouve sur la table. Un ''Bip'' retentit et un serveur ne devrait pas tarder à arriver. Pour les petites tablées, il prend la commande sur son écran tactile, pour les grandes, retour en arrière dans la technologie: il tend une feuille proposant tous les plats du menu et il faut se débrouiller seul pour cocher les plats que l'on veut et le nombre... cela peut prendre un certain moment lorsqu'on est 15... La commande faite, les plats arrivent au compte-goutte, mais assez vite, en fonction du nombre de clients dans le restaurant et des plats commandés: il ne faudra pas vous étonner de ne pas être servis tous en même temps... mais en attendant, vous pouvez toujours aller vous servir vos boissons, qui sont en libre service. Enfin... L'eau seulement. Pour les autres, il faut compter un surplus d'environ 200 yens pour avoir le droit de se servir. 
En fin de repas, il faut se rendre au comptoir, à l'entrée, pour payer: la note a été déposée préalablement sur la table avec le dernier plat servi. Il est souvent agréable d'en voir le montant: les prix sont particulièrement faibles... à condition d'être rassasié par une seule portion. Pour les gros mangeur, le problème pourrait être la taille des portions. Avec une quinzaine de centimètres de diamètres, la pizza en est l'exemple même... Mais cela n'empêche pas la chaîne Saizeriya, présente dans tout le Japon, d'offrir un service adapté aux étudiants en recherche d'un lieu convivial et peu cher pour conclure une réunion de travail ou de club.

Marièke POULAT

Setsubun à Shinjuku

En voilà encore un, de titre mystérieux. Mais le suspens devrait prendre fin maintenant: le Setsubun est une fête nationale au Japon, bien qu'elle ne soit pas fériée, ayant lieu tous les 3 févriers, auquel j'ai assisté au Temple Shinto Hanasono dans le quartier de Shinjuku dans Tokyo.

Modernité et tradition. Une dualité souvent utilisée pour décrire le Japon dans la plupart des livres et guides consacrés à ce pays. Et qui pourrait aussi être reprise ici. Car difficile d'imaginer qu'un Temple trouverait sa place au milieu des immeubles du quartier animé de Shinjuku. Et pourtant, c'est bien entre deux immeubles d'une dizaine d'étages, sur la rue Yakusuni, que le Tori, ou porte d'entrée principale, du Temple Hanasono est coincé.

Le Tori passé, opération retour dans le passé. Après quelques mètres parcourus au milieu d'une végétation succincte mais présente, c'est un voyage dans le passé de plus de 400 ans que l'on fait. C'est en effet autour de 1600 que les premières traces de l'existence de ce Temple shintoïste dédié au Dieu Inari peuvent se trouver. On débouche sur une place assez imposante, avec à gauche, le Temple principal, où les fidèles viennent prier, en face, une sorte de scène, et à droite, des temples auxiliaires... dont un dédié à la fécondité où les personnes désirant un enfant peuvent venir prier. Cette place est entièrement ouverte sur l'extérieur et il est possible de pénétrer dans l'enceinte du sanctuaire non seulement par la porte d'entrée principale située sur la rue Yakusuni, mais aussi par tous les autres côtés.

Du fait de sa situation, en plein milieu d'une zone très animée de Tokyo, le Temple est particulièrement visité, surtout tôt dans la matinée, lorsque les travailleurs se rendent au travail, et dans la soirée, quand ils en sortent. Pourtant, en ce 3 février 2011, la foule se pressait autour de l'esplanade du Temple Hanasono, qui accueillait en son sein des visiteurs surprenants... des démons (!) que ses défenseurs ont chassé d'une façon tout aussi surprenante... puisque c'est à coup de haricots secs que ces derniers ont été écartés. Une arme étonnante qui prend cependant tout son sens quand on apprend que le Setsubun, cette fête qui a lieu tous les 3 février pour fêter l'arrivée du Printemps, est aussi appelée populairement la fête du « lancer de haricots ».

D'origine chinoise, cette fête est une cérémonie d'exorcisation contre les mauvais esprits. Elle a, par le passé, été pratiquée de deux manières différentes, dans les palais où les nobles chassaient les mauvais esprits avec leurs arcs et leurs flèches, et dans les temples où ils étaient repoussés à coup de haricots de soja... avant que ces deux célébrations soient fusionnée et que la pratique actuelle soit adoptée.

Aujourd'hui, elle est fêtée à la fois dans les familles et dans les temples shintoïstes. En famille, elle prend la forme d'une fête pour les enfants, où ces derniers jettent des haricots grillés sur des adultes déguisés en démon en criant « Dehors les Démons » et « Dedans le Bonheur ! »... alors qu'elle adopte une forme un peu plus sérieuse dans les Temples.

Au Temple Hanasono, elle a débuté avec le défilé d'une cinquantaine de personnes, de tout âges et de tout sexes, vêtus d'habits traditionnels bleus marchant au rythme des taikos et armés de petites boîtes de bois remplies de haricots grillés. Ils ont fait le tour de l'enceinte avant de revenir et de venir prier pendant une demi-heure dans le Temple, alors que les visiteurs attendaient à l'extérieur. Il sont finalement sortis et, après avoir appelé les enfants présents dans l'assistance, les démons ont fait leur apparition. Ils étaient deux... et ils ont déguerpis aussi vite sous des jets de haricots. Puis, la place a été faite à deux sorcières qui ont distribuées le bonheur sous forme de petits papiers blancs, après avoir effectué une danse. Ensuite, les haricots non jetés ont été distribués au public... qui avait pour choix soit de les manger, soit de faire des batailles. Un conseil: goûtez-les, c'est assez bon et si vous en manger autant que le nombre de vos années, cela porte bonheur. Puis, en guise de fermeture, la foule a été conduite sur les marches où chacun a reçu une enveloppe remplie de cadeaux... des snacks, des vêtements, des stylos, des chocolats... voir même du curry ou des bols.

Il était trois heures trente et la cérémonie, débutée à deux heures, était terminée, nous laissant les bras chargés et les yeux écarquillés. Les étrangers, omniprésents, ne comprenaient pour la plupart pas vraiment ce qui venait de se passer. J'en fait partie. Cette fête pour les enfants m'a semblé assez longue pour eux (deux minutes à peine de jets de haricots pour 1h30 d'attente... sans compter qu'il faisait froid...), mais pour des étrangers en manque de traditions et de dépaysement, le tout en plein milieu du quartier animé de Shinjuku, cela vaut le détour !

Marièke POULAT

Sweet Dreams: A Bubble Tea Place in Takadanobaba

Dans les rues tokyoïtes, il vous arrivera certainement de croiser des jeunes filles armées d'un verre en plastique mou d'une taille imposante fermé et surmonté d'une paille plantée son couvercle. Dedans, une boisson colorée et épaisse, et au fond des petites boules marrons. Et là, une question vous vient à l'esprit... C'est quoi ça ? C'est bon ? Et surtout... Où ça s'achète ?!? Une question vous aviez dit ? Dans l'ordre: c'est du Bubble Tea ou Boba Tea, une boisson lactée originaire de Taïwan avec des boules de tapioca; oui, c'est bon, et pas besoin de traverser toute la ville pour en trouver, les échoppes sont nombreuses.

Le verre translucide nous permet de s'en rendre compte, cette boisson surprenante arbore un nombre de couleurs impressionnantes... Du rose au orange en passant par le vert, le blanc et le marron. Sur le palais, ça donne framboise, mangue, matcha (ou thé vert), noix de coco, chocolat ou encore café... cette boisson pouvant être à base de lait, de thé ou de fruits mixés. Quant aux petites boules marrons, au fond du verre, qui donnent à cette boisson toute son originalité, ce sont des boules de tapioca. Leur texture est assez molle et leur goût assez doux, mais plutôt amer, tranchant avec la boisson très sucrée.

Le Bubble Tea est disponible dans plusieurs petits bars ou stands, le plus souvent situé dans les quartiers fréquentés par les jeunes comme Shinjuku, Harajuku, Shibuya... ou Takadanobaba ou je l'ai testé, dans une petite boutique située entre la gare du même nom et l'Université de Waseda: Sweet Dreams. Cette petite échoppe, dont la pancarte aux couleurs acidulées rappelle qu'elle s'adresse plutôt à un public féminin ou aux couples, permet non seulement d'acheter des Bubble Tea pour les emporter, mais aussi de les consommer sur place. Elle propose aussi des menus aux teintes colorées, mais je n'ai pas essayé, les prix semblant assez chers pour la taille des plats proposés (entre 650 et 750¥) pour un bol.

Avec dans l'idée de goûter enfin cette boisson dont on m'avait vanté les mérites, j'ai passé la porte de cette boutique un dimanche en fin d'après-midi avec une amie. Elle était presque vide. Nous avons chacune commandé un Bubble Tea (avec un petit peu de difficulté car le menu est uniquement disponible en japonais/katakanas), mais les deux boissons ne se ressemblaient pas du tout... Chocolat froid et boules de Tapioca contre Matcha chaud et Tapioca aussi. Il est en effet possible de choisir nous seulement la saveur de la boisson désirée, mais aussi le fait qu'elle soit chaude ou froide ou encore si l'on désire ou non des boules de Tapioca au fond... mais bon, sans Tapioca, ce n'est plus du Bubble Tea, non ? Les deux boissons coûtaient 300¥ et était à base de lait parfumé par de la poudre. Il ne me semble pas que la boutique proposait de boisson à base de fruit ou de thé.

Une fois les boissons payées, nous nous sommes installées à l'arrière de la boutique, très colorée, pour attendre d'être servies. Il y a deux petites tables rondes en fer, ambiance plage, et deux comptoirs orientés face aux murs (cela peut paraître un peu bizarre au premier abord, mais il est très classique de se rendre au restaurant seul au Japon). La capacité maximale doit être d'environ 10 personnes, mais je n'ai encore jamais vu ce ''bar'' plein, et je passe devant tous les jours.

Les boissons sont très vite arrivées et il a été temps de se lancer dans la dégustation... Première gorgée, première surprise. Boire du Bubble Tea à base de lait, c'est un peu comme boire du lait chaud sucré parfumé. Si ma boisson au matcha était très sucrée, le cacao était plus amer. Le liquide vert, goûté. Et ces petites boules marrons alors ? On plonge la paille tout au fond du verre et on aspire: la bille de tapioca a juste la bonne taille. Deuxième gorgée. Deuxième surprise. C'est doux, c'est tout mou et le goût est un peu plus amer que le reste de la boisson. Difficile d'en expliquer la consistance. Si vous connaissez la cuisine japonaise, ça ressemble au mochi. Sinon... Mmmm. Une sorte de croûton mou plongé dans de la soupe pendant un moment ?

Mmm. La description est difficile à faire et la boisson est meilleure qu'elle n'y paraît en lisant ce papier. Vraiment. C'est doux, sucré... Peut-être un peu trop cependant. Cela peut devenir un peu écoeurant à la fin et je préfère ne même pas penser aux calories qu'une telle boisson peut contenir... mais bon, comme le nombre de soda est très réduit au Japon et que le thé est bien le seul plaisir que vous vous ferez en général en dehors de l'eau, laissez-vous tenter par cette boisson surprenante !

Marièke Poulat

Concert AKB48 à Akihabara

À Tokyo, au 8ème étage d'un des buildings principaux de Akihabara, signalé par la photo de plusieurs jeunes filles, un étrange manège a lieu 5 fois par semaines: 200 fans chanceux, pour la plupart des garçons entre 18 et 20 ans, se présentent devant les portes de la salle où leur groupe de J-Pop favori, les AKB48, joue. Akihabara, 8ème étage, AKB48, J-Pop, Tokyo, 200 fans... ?!? Hein ? Vous êtes perdus ? Tous ces chiffres sont fous ? Ce manège semble dingue ? Ces noms vous impressionnent ? Lisez cet article, vous allez comprendre.


Commençons par le début, si vous le voulez bien. Si vous êtes intéressé par la musique japonaise, et notamment par la J-Pop, l'équivalent japonais de la variété française, vous connaissez certainement AKB48. Sinon, tapez le nom de ce groupe dans la barre de recherche de Youtube et vous aurez un aperçu... Il s'agit d'un girls band de 48 filles entre 15 et 22 ans, séparé en trois équipes de 16 membres chacunes, la Team A, la Team K et la Team B. Ah, tiens, déjà, le nom du groupe commence à prendre du sens. Histoire que la présentation soit complète, sachez que ces Teams sont encore divisés en sous-groupe de 3 à 4 membres qui sortent des chansons à part... ce qui permet aux fans d'une chanteuse en particulier de la voir un peu plus (et aux managers de vendre un peu plus de CD, mais c'est un autre histoire...).



Ce groupe est particulièrement populaire au Japon, notamment chez les jeunes filles de 12, 15 ans, et chez les garçons autour de 19 ans qui représentent 70% de l'auditoire. Si les premières voient ces filles comment des modèles à égaler, on comprend assez facilement ce qui intéresse les seconds après avoir écouté quelques chansons et regardé quelques clips vidéos... Sans compter que les chansons sont écrites du point de vue des garçons afin de leur permettre de chanter seul sans se sentir mal à l'aise.



Ce groupe comprend d'autres particularités qui peuvent étonner. D'une part, les filles changent. Il s'agit en effet d'une sorte d'école de la scène que les filles intègrent assez jeunes et où elles apprennent à danser et à chanter. Si une des filles n'est pas disponibles pour l'un des shows, une autre fille peut ainsi la remplacer. De plus, à partir d'un certains âge, les filles arrêtent. Ainsi, de la première génération du groupe, créé en 2005, très peu sont encore présentes. D'autre part, les concerts sont à la base du système, sont une institution, un manège, à part entière.



Ainsi, 5 concerts par semaine sont programmés dans une salle de 200 personnes au 8ème étage d'un immeuble de Akihabara. 200 places pour l'un des groupes les plus écoutés dans une ville de plus de 30 millions d'habitants, voilà qui semble peu. C'est évident. Mais difficile de réserver une salle plus grande 5 fois par semaine dans une ville où les places sont chères. Alors AKB48, et surtout ses managers, ont trouvé la solution pour éviter les esclandres à l'entrée. Afin de pouvoir bénéficier du droit d'acheter une place, il est nécessaire de candidater sur le site officiel. Il y a plus de 20 000 candidats par jour... pour 200 places et 200 places sur la liste d'attente distribuées pour chaque représentation. Après avoir été sélectionnés, les chanceux qui bénéficient de ce passe doivent encore payer 9.000 yens, ou 90€, pour avoir le droit de pénétrer dans la fameuse salle de concert.



Pour les autres, ceux qui bénéficiaient des places de la liste d'attente, mais aussi pour tous ceux qui ont envie de profiter du concert gratuitement, un écran est disponible dans le hall attenant à la salle de concert... Oui. Ça marche comme ça le Japon: vos idoles chantent à quelques dizaines de mètres de vous, une porte, une seule, vous sépare d'elles, mais vous vous contentez de regarder l'écran qui rediffuse un concert que vous connaissez par coeur sans broncher. Dans la salle, une majorité de japonais et surtout des jeunes hommes, entre 18 et 20 ans. Quelques jeunes filles et quelques hommes plus âgés, encore en costumes, sortant tout juste du travail, complètent le tableau. Pour la plupart, ils ne restent pas durant tout concert. Ils attendent souvent la première pause, durant laquelle chacune des filles présentent sur scène salue le public à sa façon (lors des concerts quotidiens, elles sont seulement 16, puisqu'une seule Team à la fois joue). Après les avoir entendu parler, ils s'en vont. Certains ne viennent que pour vérifier que leur préférée allait bien.



À ces concerts presque quotidiens viennent s'ajouter des concerts nationaux, telles que des tournées, qui ont lieu dans des salles beaucoup plus imposantes. Alors que les musiques jouées lors des concerts à Akihabara sont toujours les mêmes, issues du CD qui sort une fois par an, les concerts spéciaux sont organisés différemment: les 48 chanteuses sont présentent et les chansons varient plus. Les autres chansons qui sont présentées à ces concerts ou lors des représentations TV que les AKB48 donnent, puisqu'elles ont émission radio et émission TV, sont disponibles en single.




Un vrai business, non ? Sûrement. Mais face au succès rencontré, il me paraissait important d'y jeter un coup d'oeil. C'est chose faite. Je m'étais fait une idée du groupe assez arrêtée en entendant que son public était majoritairement constitué d'hommes, elle reste confirmée. Cependant, j'ai apprécié la musique proposée et le fait que le show soit fait en live, sans playback, ce qui a été confirmé par les hésitations d'une des remplaçantes... À voir. Ne serait-ce que pour le côté culturel de ce groupe qui devrait continuer à faire parler de lui pendant encore un bon moment au Japon.

Marièke POULAT

mercredi 9 février 2011

Le Karaoké: une institution au Japon

Si il y a bien une chose que les Japonais aiment, c'est chanter. Et oui. Tous les clichés que vous pouviez avoir sur les Japonais coincés viennent de voler en éclat. Car c'est bien en chanson que de nombreuses soirées se passent... parfois accompagné d'un peu de bière, de cocktails à base d'Umeshu (l'alcool de prune) ou de Vodka, cela va sans dire. Ou comment on peut passer au Japon la nuit de Noël à huit enfermés dans une pièce de trois mètres carrés, tout au plus, à chanter des tubes de notre jeunesse en anglais ou les derniers singles des chanteurs de J-Pop à la mode tout en sirotant des cockails alcoolisés ou non.

Le Karaoké étant une institution au Japon de nombreuses chaînes proposent de venir chanter entre les cloisons isolées de leurs immeubles. Ainsi, dans certains quartiers très animés de nuit comme de jour, et fréquentés par des jeunes et des moins jeunes, comme Shinjuku, Shibuya ou Takadanobaba, de nombreux bâtiments se parent de gigantesques panneaux bleus à l'inscription évocatrice, pour peu que vous sachiez lire les Katakanas: « カラオケ » (ou Karaoké). C'est en leur sein que vous pourrez pratiquer le sport national.

  Les enseignes des Karaokés
(À Shinjuku de nuit)

A l'entrée, un bureau de réception, comme dans un hôtel. Il s'agit de s'y présenter, de donner le nombre de personne et le nombre de temps que l'on compte passer à chanter. Une pièce nous est alors indiquée et il faut la rejoindre pour se lancer dans son petit récital. Le paiement s'effectue à la fin et ne dépend pas du nombre de personnes, mais uniquement du temps passé. Selon les compagnies et les jours, les prix varient. À la veille d'un jour férié ou des vacances, les prix augmentent. Les services proposés sont aussi assez différents. Certaines chaînes proposent de servir à boire et à manger, d'autres proposent carrément un Nomikai (tout ce que vous pouvez boire) durant la durée de temps fixée. Il est aussi possible de ramener de quoi grignoter. Ainsi, pour la nuit de Noël, une nuit entière de Karaoké (de 11h à 5h du matin) avec un Nomikai (et quelques sucreries que nous avions apportées de chez nous) m'est revenue à 2100 yens: 20€; ce qui reste assez raisonnable. Notez ici les horaires d'ouverture des Karaokés: pour la plupart ouverts sans discontinuer de 10h du matin à 5h du matin, ils permettent à ceux qui ont raté le dernier train de minuit et doivent attendre celui de 5h pour chez eux, de passer une nuit plutôt agréable et assez bon marché.

La première fois que l'on entre dans ce bâtiment, on est particulièrement surpris par le nombre de pièces qu'il y a sur un étage... mais aussi dans un immeuble, puisque l'on peut se retrouver dans la salle 666 (sans blague) au 6ème étage. Puis, l'on est frappé par la taille de la salle (quelques mètres carrés pas plus) et par sa disposition: un écran géant dans un angle, des canapés tout autour et au centre, une table pour pouvoir y poser les boissons. Arrive ensuite l'équipement technique: deux micros, bien évidemment, et deux ''télécommandes'' qui se présentent comme des écrans tactiles sur lesquelles ont peut choisir, en anglais ou en japonais, avec des stylets, les chansons et les chanteurs que l'on veut...

 Le couloir de la mort...

Un box typique




Car vient maintenant le temps de répondre à la question que vous vous posez sûrement: un étranger ne parlant pas un mot de japonais (et le lisant encore moins...) peut-il trouver de quoi s'amuser dans un karaoké japonais ? Et bien oui, oui, et re-oui ! Grâce à un grand nombre de chansons en anglais (des Beattles, aux classiques de Disney en passant par Britney Spears et les Offsprings), voir même en français (même si le choix est plus limité, vous devriez trouver sans peine l'Hymne à l'Amour d'Edith Piaf ou Poupée de Son de France Galles ^^)... et si vous maîtrisez quelques chansons japonaises et avez quelques bases de lecture des hiraganas, certaines chansons sont disponibles avec des furiganas (ces hiraganas qui permettent de lire les kanjis).

Un écran en japonais

Le temps choisi écoulé, il est temps de sortir. Selon les compagnies, la musique s'arrête quand le temps est écoulé, dans d'autres, non et il faudra surveiller l'heure sous peine de payer la prochaine demi-heure. Vient finalement le moment du payement. Il n'est pas trop douloureux pour une activité à Tokyo: il existe des chaînes qui proposent des tarifs à partir de 50¥ la demi-heure, mais le plus souvent, il faudra environ compter 300¥ pour l'heure...

Ce qui est assez cher tout de même mais vaut vraiment le coup tant on s'amuse et ce, surtout si on partage avec ses amis les mêmes goûts, ou au moins les mêmes délires musicaux ! Parce que quoi de mieux que de tous s'égosiller sur un morceau tout droit venu de notre enfance comme Part of the world (Partir là-bas) de la Petite Sirène ou les plus classiques Somebody to love de Queen ou Yellow Submarine des Beattles ?

POULAT Marièke